Le pétrole et le lait dans le même bidon
22 07 2008
Le Bureau de la concurrence du Canada poursuit actuellement plusieurs détaillants d’essence parce qu’ils se sont entendus pour fixer les prix dans le cadre de ce qu’on a appelé le cartel de l’essence de l’Estrie. On croit maintenant que ces ententes pourraient aussi s’être produites sur le marché de Montréal. Tout le monde se doute que les pétrolières s’entendent pour fixer les prix. Quand l’ineffable Carol Montreuil, vice-président de l’Institut canadien des produits pétroliers, nous assure que c’est par hasard que toutes les pétrolières changent leurs prix en même temps, à la même heure, on se demande s’il ne nous rit pas en pleine face. La vérité c’est que l’industrie du pétrole s’est toujours comportée comme un cartel.
Le gouvernement du Canada définit un cartel comme étant « une organisation de producteurs indépendants qui œuvrent dans la même industrie. Il coordonne leurs pratiques d’établissement des prix, de production ou de mise en marché, en vue de limiter la concurrence, de maximiser leur pouvoir d’achat et d’influer sur les prix du marché »(source : http://canadianeconomy.gc.ca/francais/economy/cartel.html). Au Canada constituer un cartel est illégal. C’est pourquoi il est extrêmement difficile de démontrer que les grandes pétrolières en constituent un. Dans ce sens, le démantèlement du cartel de l’Estrie est un bel exploit. C’est certain que les grands utilisent des moyens plus subtils que la chaîne téléphonique pour s’entendre sur les prix. Dans l’histoire de l’industrie du pétrole il y a eu de grands cartels qui ont été prouvés. C’est le cas des 7 sœurs qui a régné sur le monde de 1913 à 1959. Les sept multinationales qui existent encore sous les noms d’Esso, Exxon Mobil, Chevron, BP, etc. contrôlaient tout de l’extraction à la vente au détail. Ce contrôle oligarchique leur a permis de faire des milliards de profits tout en maintenant les prix bas et stables. Les consommateurs n’ont pas trop souffert de la situation, parce qu’elle a coïncidé avec le développement extraordinaire de l’industrie automobile qui a fait exploser la consommation de pétrole et les profits des pétrolières. Ça n’a pas été le cas par la suite avec le cartel qui a suivi en 1960, l’OPEP. En prenant le contrôle de la production du pétrole, les pays producteurs ont causé l’éclatement du cartel des 7 sœurs et de la stratégie des prix bas et stables. Le pétrole est devenu un instrument stratégique et politique pour les pays du Moyen-Orient et les États-Unis. Il y a eu des crises de 1973 et 1979 et en 1986 pour des raisons différentes, mais qui ont toutes affectées les consommateurs. Aujourd’hui, l’OPEP a moins de poids parce que les Américains ont changé leur stratégie dont l’invasion de l’Afghanistan et la guerre en Irak font partie. Les sources d’approvisionnement se sont diversifiées, comme ici même alors que le Canada est devenu un producteur important de pétrole depuis 20 ans. Parallèlement, il y a eu un mouvement de consolidation, d’achats et de fusions qui ont réduit le nombre de joueurs sur le marché. Ce petit rappel historique démontre à quel point cette industrie est imprégnée par la culture du cartel. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait conservée quelques mauvaises habitudes, dont la fixation des prix est la plus dommageable.
Il y a un autre cartel au Québec qui nous touche de près, c’est celui du lait. Comme pour le pétrole à une autre époque, la production et les prix sont contrôlés. Cela protège les producteurs laitiers, mais ce n’est pas à l’avantage des consommateurs. Si notre marché était ouvert au reste du Canada et aux États-Unis, le lait coûterait moins cher, même chose pour le porc et la volaille. Nous avons fait des choix de société dont nous payons tous la note, même les plus pauvres d’entre nous.
Publié par : jacqueso à 14:04:09
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